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Journée de la contraception – 26 septembre 2017

Publié le 26 septembre 2017, par TOUZAA Alice

La pilule, le couple, la contraception : le Docteur Alice Touzaa, Gynécologue-obstétricienne à Aix-en-Provence et membre de la Fédération des Médecins de France, est fréquemment interrogée sur ces thèmes en consultation. La Journée de la Contraception est l’occasion de faire, avec cette praticienne, un point sur ces sujets.

  • « La contraception est un sujet qui touche les femmes mais dans lequel les hommes sont, également, impliqués. Egalement, oui, mais pas forcément à part égale… « La pilule, ça n’est pas naturel ! », « A quand une pilule pour hommes ?! » : autant de questions que j’entends souvent dans mon cabinet. Sexologue, je suis particulièrement à l’écoute des problématiques des couples en matière de contraception. Parler de contraception c’est aussi parler de sexualité.
  • A la fin du XIXème siècle, 1 femme sur 6 mourrait encore en couches. Quand les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) n’engendraient pas une contraception radicale, les femmes avaient peur au moindre rapport sexuel. La technique dite du « retrait » est relativement efficace, si elle est bien pratiquée, mais demeure d’une grande frustration pour chacun des partenaires. Aussi, jusqu’au début du XXème siècle, les familles sont encore très nombreuses (5 à 10 enfants pour une famille sont très fréquents) et les femmes dépendantes, dans leur contraception comme pour presque tout le reste, des hommes. Ancre
  • Quand la pilule apparaît, en 1967, en France, c’est une véritable révolution dans la vie sexuelle des Françaises. La question de la grossesse reste une problématique fondamentale de l’identité féminine, mais l’acte sexuel s’affranchit de la peur de procréer et le plaisir féminin peut enfin se libérer. L’exigence, la peur de décevoir leur partenaire passent du côté masculin : l’enjeu change de sexe sans que la pression ne diminue. Après la Révolution sexuelle soixante-huitarde, ce sont les hommes qui s’angoissent à la moindre défaillance ! Il ne s’agit plus seulement de procréer : il s’agit de procurer du plaisir à sa compagne.
  • Aujourd’hui, avec un peu de recul sur les effets de la pilule, les questions de mes patientes restent bien souvent liées au temps qu’il leur faudra pour tomber enceintes après avoir arrêté la pilule. Les femmes du XXIème siècle sont actives, indépendantes, pas question pour elles de faire des enfants avant d’avoir vécu leur vie de femme… Elles font, vous le savez bien, leurs enfants de plus en plus tard (à 28 ans en moyenne en France aujourd’hui Ancre).
  • Les problématiques qui tournent autour de la contraception de manière moins directe, comme la Procréation Médicalement Assistée (PMA) n’en sont pas moins liées à la possibilité de grossesse que conservent certaines femmes et dont se voient privées certaines autres. Sans qu’elle ressemble tout à fait à celle décrite dans le roman de science-fiction « La Servante écarlate », de Margaret Atwood, où les femmes encore fertiles se voient réduites au rang d’esclaves sexuelles pour des couples stériles, notre société moderne impose aux femmes ses diktats. Les injonctions sociétales (avoir son travail, sa voiture, un toit etc..) ont des effets pervers sur l’acceptation des méthodes contraceptives .Ancre
  • Un tiers des grossesses qui surviennent en France n’est pas prévu. Ces grossesses sont le plus souvent interrompues. Ainsi, le nombre d’Interruptions Volontaires de Grossesse (IVG) reste stable Ancre. En qualité de praticienne, je sais bien que la tête et le corps sont liés, que les femmes tombent généralement enceintes de manière non prévue lorsqu’elles éprouvent du stress et qu’elles ont besoin de se rassurer quant à leur capacité à être mère. Une des causes alléguées en cas d’échec de leur contraception est le fait de ne pas avoir pu la choisir.
  • Grâce au modèle de consultation BERCER de l’OMS, recommandé par l’ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé)Ancre , les consultations sont plus longues, plus complexes aussi, mais elles permettent d’aborder tous les types de contraception possibles. La patiente adhère souvent mieux à la méthode qu’on lui propose après un questionnaire long et rigoureux. On envisage avec elle sa vie et sa manière de concevoir la sexualité, on lui explique ce qui correspondrait pour elle à la meilleure méthode de contraception au moment présent. Méthode qui pourra évoluer au cours de sa vie. Est-ce qu’en augmentant le nombre de praticiens qui pourraient prescrire une contraception on améliorerait l’observance ? Je ne le crois pas. Il faut, à mon sens, que des professionnels de santé formés prennent plutôt le temps d’accompagner chaque femme, chaque couple, et d’envisager avec eux quelle méthode leur conviendrait le mieux.
  • La pilule, comme tout médicament, comporte des effets secondaires. Si l’on manque encore de recul (60 ans ce n’est pas grand-chose…) afin de savoir si la pilule est toxique, on connaît en revanche les effets secondaires de la prise de pilule couplée au tabac par exemple. En ce qui concerne le cancer du sein par exemple, on connait l’influence de la durée entre l’âge des premières règles et la première grossesse. Les produits consommés, le plastique qui contient nos aliments, les substances toxiques liées à l’environnement, auxquelles les femmes sont confrontées au cours de leur vie ont également un impact dans le risque lié au cancer du sein !
  • Par rapport au risque de phlébite engendré, ce que je peux dire c’est qu’en fait, d’abord, la grossesse augmente 3 fois plus le risque de phlébite que la pilule ! Il faut donc relativiser ce risque ! En fait, pour faire un peu d’histoire, j’aimerais rappeler que les certaines femmes s’étaient auto-adaptées à l’anémie, leur organisme avait diminué la sécrétion de substances naturellement « anticoagulantes ». Adaptés à l’anémie, leurs corps se sont en fait « désadaptés », si je peux m’exprimer ainsi, aux risques de phlébite. Tout médicament est potentiellement à risque et, étant donné que la pilule augmente ce risque, il s’agit pour la praticienne que je suis de bien tenir compte du profil des patientes dites « à risque » et de leur proposer un traitement alternatif. Je rappelle souvent que la pilule est un médicament, avec ses effets secondaires connus, et que les traitements alternatifs proposés ne sont pas forcément plus naturels. Le stérilet au cuivre, par exemple, peut diffuser du cuivre dans l’organisme. Et puis faut-il préférer à la contraception les risques pour la fertilité liés aux I.V.G. ? Je ne le crois pas. »

Dr Alice TOUZAA
Gynécologue-obstétricienne

Contact Presse :
Laurence LABRID
Directrice administrative
Fédération des Médecins de France - FMF
Tel. : 06 25 11 23 51
Email : laurence.labrid@fmfpro.org


Histoire des mères et de la maternité en Occident, Yvonne Knibiehler, 2017

INSEE, Rapport statistique 2017

La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ? Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen, Caroline Moreau et l’équipe de l’enquête Fécond, Population & Société, Numéro 492, Septembre 2012

Pourquoi le nombre d’avortements n’a-t-il pas baissé en France depuis 30 ans ? Nathalie Bajos, Caroline Moreau, Henri Leridon, Michèle Ferrand, Population & Société, Numéro 407, Décembre 2004

Comment aider une femme à choisir sa contraception ? INPES, Septembre 2013

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